Interview d'entrepreneurs

20 janvier 2017

Interview d'entrepreneurs

Bien Fait Pour Ta Com'

Ce mois-ci, ce n’est pas un « tiré au sort » mais bien trois qui viennent nous parler de la marque collective Bien Fait pour Ta Com’ qui fête son premier anniversaire ! Rencontre croisée avec Marie Derollez, Audrey Lecompte et Céline Parat :

Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, c’est quoi Bien Fait Pour Ta Com (BFPTC) ?

Marie : C’est un groupement d’entrepreneurs au sein de GrandsEnsemble, rassemblés autour d’une offre commune de prestations de communication.

Céline : On aime dire qu’on est une coopérative au sein de la coopérative ; et ça se ressent dans notre fonctionnement. On se structure autour de groupes de travail et de groupes projets ; on a des réunions qu’on appelle les quizomadaires car on se retrouve tous les quinze jours. On est tous issus de milieux différents avec des histoires différentes… et on a tous gardé notre portefeuille clients. Et c’est tout le défi de BFTPC : de rassembler autour d’un projet coopératif commun des personnes habituées à travailler plutôt avec ce qu’on pourrait appeler des grands comptes et d’autres plus proches du milieu associatif et de l’économie solidaire.

Audrey : Il faut faire attention à bien différencier la filière communication du groupe BFPTC. La filière com c’est plutôt un groupe d’échanges de pratiques, de rencontres… D’ailleurs, il me semble qu’elle va être relancée bientôt en intégrant les SMartiens… Le groupe BFPTC, c’est bien une marque commerciale comme n’importe quelle autre marque développée par les entrepreneurs.

Marie : C’est pour ça que le groupe est fermé. Avant, on était ouvert et toutes les personnes intéressées pouvaient intégrer BFPTC. Mais c’était fatiguant de réexpliquer les fondamentaux du groupe à chaque fois, les valeurs, le fonctionnement… Et de trouver des personnes qui y adhèrent !

Audrey : C’est ouvert mais néanmoins clôturé, dans la mesure où on n’intègre plus de nouveaux membres mais on va travailler avec l’écosystème de la coopérative, de SMart, de GrandsEnsemble mais aussi d’initiativesETcité.

Quelle est, plus précisément, cette offre commune dont vous parlez ?

Céline : On est 13 actuellement dans BFPTC, regroupant des consultants, des chefs de projets, des concepteurs rédacteurs, etc. Ça nous permet de couvrir tous les champs de la com allant de la stratégie-conseil-audit à de la production effective : graphisme, conception-rédaction, web…

Marie : Oui, on peut dire qu’il y a trois grands axes : le conseil-accompagnement, la production- réalisation et la formation.

Céline : Aujourd’hui notre métier c’est l’accompagnement à la transition ; comment on accompagne notre client pour adopter de meilleurs pratiques.

Marie : Oui, d’ailleurs, notre client idéal c’est celui qui va dans le sens commun, le sens du progrès, bref, qui rejoint les valeurs de l’ESS.

Revenons un peu en arrière : comment est née l’idée de créer une marque commune ?

Marie : La genèse du projet, ce sont les apéros avec la filière com. A ce moment-là, on s’est retrouvé car on avait besoin de rompre l’isolement. On s’est vite rendu compte que tout seul on était moins fort que tous ensemble ! Et qu’avec nos compétences complémentaires on avait une force de frappe plus grande.

Audrey : Notre premier marché public a vraiment été l’acte fondateur de BFPTC. Ça nous a forcé à nous organiser, à créer une offre ensemble…

Céline : Oui, il y a vraiment eu plusieurs étapes fondatrices : les apéros com, le marché public oui. Mais aussi, la recherche du nom…

Marie : Ah oui ! Parce que choisir un nom à 15, en méthode participative, quand on a l’interdiction de taper du poing sur la table pour dire « c’est moi qui ait raison »… C’est long !

Céline : Il y a eu l’élaboration de la charte relationnelle qui a été fondamentale aussi pour se mettre des règles entre nous ; gérer les relations internes…

Justement comment vous fonctionnez ? Comment chacun arrive à trouver sa place ?

Marie : Déjà, on ne travaille jamais à 13 collectivement. Les quizomadaires, ce sont les réunions plénières où on fait le tour des questions transversales mais sur chaque chantier, ce sont des groupes de travail constitués autour de gens qui se portent volontaires et avec un responsable qui doit faire avancer le chantier. Il est d’ailleurs mandaté par le groupe ; c’est-à-dire qu’il peut prendre des décisions au nom de BFPTC. On a des groupes de travail sur les outils de com, la stratégie commerciale, la coordination, la comptabilité…

Céline : Après il y a les fonctions de production : ce sont les groupes projets en lien avec les clients qu’on décroche et la formation.

Audrey : Avec les clients voici comment on fonctionne : c’est la personne qui a eu le contact qui constitue une équipe projet en fonction des compétences nécessaires et des besoins du client. Si c’est un appel d’offre, le chef de projet s’est porté volontaire pour porter la réponse et a constitué son équipe en amont.

Céline : Précisons que le chef de projet a une liberté totale dans la constitution de son équipe et dans la manière qu’il a de mener le projet.

Marie : Il y a des rencontres physiques régulières, c’est important. On a déjà parlé des quizomadaires mais on fait aussi un séminaire annuel, le prochain arrive d’ailleurs en mars.

Céline : Oui c’est un temps à l’extérieur, sur 2 ou 3 jours, en immersion. On dort ensemble, on boit ensemble… Sérieusement, ça nous permet surtout de faire un pas de côté, de prendre du recul sur nos pratiques, d’avoir un regard extérieur pour nous accompagner.

Ce n’est pas trop compliqué de concilier activité individuelle et projet collectif ?

Marie : Si, des fois. C’est toute la question de comment faire vivre un collectif pour y croire et y passer du temps. C’est de l’investissement. C’est un problème individuel et collectif.

Céline : Le risque c’est que les gens s’essoufflent, n’aient plus d’énergie et lâchent le collectif. C’est une question sous-jacente qui n’est pas encore résolue.
Audrey : Ce n’est pas toujours facile. Chacun a son équilibre. Certains passent plus d’énergie sur leur marque perso et d’autres sur BFPTC. On n’est pas tous au même niveau.

Marie : Oui il y a des échelles d’implication différentes et des temps différents. Faut être en capacité d’accepter cela.

Céline : On a lancé un chantier « mesure de l’engagement » pour mesurer le temps passé bénévole notamment dans les réunions, à développer la marque, etc. C’est un souci que rencontre tous les collectifs – on est en lien avec des collectifs qui connaissent les mêmes problématiques, l’idée c’est de les rencontrer pour se pencher sur cette question.

En quoi être chez GrandsEnsemble vous a aidé à développer ce projet ?

Marie : Bah, déjà, c’est par GrandsEnsemble qu’on s’est tous rencontré. Sinon, GrandsEnsemble ça nous permet d’avoir une assise administrative et financière pour répondre aux appels d’offre.

Céline : Il y a eu aussi un soutien financier de GrandsEnsemble pour mettre en place une offre de formations auprès des entrepreneurs-salariés. Ça permet à ceux qui se lancent et qui n’ont pas encore d’argent de participer à des formations soit gratuites soit peu chères. Il y a aussi la mise à disposition de salle de réunion et la possibilité de présenter BFPTC ailleurs, dans des salons ou séminaires auxquels GrandsEnsemble participe.

Audrey : Il y a le café aussi, enfin tant qu’il y en a ! Non, sérieusement, on nous a accompagné dans la structuration de la filière com au début et c’est là qu’on nous a parlé d’initiatives similaires. C’est cela qui nous a inspiré et qui a lancé la réflexion sur la création d’une marque.

Marie : Oui, et Benoit Cardon, qui nous accompagnait à ce moment-là, avait aussi une posture d’observation importante, de décodage de l’écosystème GrandsEnsemble / initiativesETcité… et aussi de mise en relations.

Céline : Sur le passage de la filière com à la constitution de BFPTC, il n’y a pas eu vraiment d’accompagnement. On innovait. Mais on en discutait beaucoup avec les gestionnaires d’activités. Cela a permis d’enrichir réciproquement les réflexions autour de l’accompagnement des collectifs. Aujourd’hui, c’est un sujet sur lequel il faudrait qu’on se penche : quel type d’accompagnement serait utile à la marque ?

Justement chez GrandsEnsemble, on cherche à développer les collectifs car on est persuadé que ce sont des dynamiques propices au développement des activités. Vous confirmez ?

Marie : Oui, dans la com c’est important car c’est rare qu’il y ait une demande en com qui soit très précise et qui fassent appel qu’à une compétence. Du coup, ça permet de décrocher des marchés plus intéressants. Mais est-ce que c’est valable pour toutes les filières métiers ?

Céline : C’est pertinent mais pas forcément au même stade. Pour certains métiers, un échange de pratiques et de savoirs peut être suffisant et du coup ça ne vaut pas la peine de créer une marque commune. Il y a des bénéfices à chaque étapes. Pour la filière, c’est l’échange de contacts, de pratiques mais ça a ses limites, tu ne peux pas aller plus loin. La marque te permet d’organiser une offre structurée et décrocher des marchés.

Marie : Mais le collectif a forcément du bon, il peut fonctionner différemment avec des objectifs différents mais c’est forcément enrichissant.

Avez-vous des conseils pour ceux qui veulent créer un collectif ?

Marie : Il faut savoir prendre le temps de structurer le truc, de cerner les objectifs, d’avoir des valeurs en commun… Faut pas être le couteau sous la gorge et vouloir que ce soit opérationnel en 2 mois.

Audrey : Oui, il faut se mettre des objectifs avec des critères SMART, ne pas se mettre de pression et surtout avoir conscience qu’on n’a pas tous les mêmes rythmes, ni les mêmes impératifs financiers etc.

Marie : Et le risque à éviter – et c’est tout l’enjeu des collectifs- c’est de ne pas niveler par le bas. On est tombé dans cet écueil pour aller vite, il y avait trop de compromis et pas de décisions claires. On faisait des choses qui ne correspondaient plus six mois après. Du coup, t’as le sentiment qu’il n’y a rien qui avance. C’est pour ça qu’il faut prendre son temps.

Audrey : Oui, c’est le risque du consensus mou : t’es jamais vraiment contre mais t’es jamais vraiment pour non plus. C’est contre-productif.

Le Bilan au bout d’un an ?

Marie : C’est un bébé qui ne demande qu’à grandir.

Audrey : On est sur la rampe de lancement, il n’y a plus qu’à mettre les pétards.

Céline : On a un chiffre d’affaires qui est correct au bout d’un an. On est bien structuré. C’est pas toujours simple de travailler ensemble – on ne s’est pas choisi – pendant un an, on a appris à travailler ensemble, on ne se connaissait pas personnellement et professionnellement, cette première année nous a permis de nous roder.

Marie : Je voulais insister sur l’importance du bien-être et du plaisir. On s‘est mis la pression la première année, à vouloir grandir trop vite, à vouloir aller trop vite, à être trop gourmand. On en a pris conscience, on a reposé les choses sur la table et on a envie de prendre du plaisir et de s’éclater à bosser ensemble. Si on a quitté le monde de l’entreprise, ce n’est pas pour le recréer avec la pression des objectifs et des résultats. Aujourd’hui, c’est inscrit dans notre charte : « le développement économique n’est pas dissocié de l’épanouissement des membres ».

Les objectifs 2017 ?

Audrey : C’est tout déchirer ! Un nouveau site internet, un nouveau positionnement, plus fidèle à ce qu’on est , du développement éco à mort, des bureaux…